lundi 28 janvier 2019

Cap2020:350 ans de l'existence de la ville du Cap-Haïtien et 200 ans de la mort de Henry Christophe, Où en sommes-nous? (Résumé critique)


Par Djedly François JOSEPH
Ce jeudi 24 janvier 2019, pour la 3ème sortie de l'émission Jeudi-Débat cette année, on a mis le droit sur un sujet pour le moins sensible et aussi jouit d'une importance au premier degré aux yeux des Capois-es et des Haïtien-nes en général si l'on tient compte des deux évènements phares qui se pointent à l'horizon: 350 ans de l'existence de la ville du Cap-Haïtien et 200 ans de la mort de Henry Christophe. On leur doit beaucoup. Sommes-nous fiers? Sans l'ombre d'un doute. Où en sommes-nous avec les préparatifs? On est encore en retard. Avons-nous réellement un plan? Je doute.
Aux micros de l'animateur vedette de l'émission Jeudi-Débat, Ferdinand Fils LAMBERT, ont été reçus M. David Toussaint, Eyma Jr Emile, respectivement Directeur Départemental Nord du ministère de la culture et de la Communication et Vice-président du comité 350ème Cap2020 qui est président de la Société Capoise d'Histoire et de Protection du patrimoine. Ils ont été accompagnés de Remy Ryjnov, responsable des Relations publiques à Entre Les Pages et représentant de la Coalition Cap-2020, et d'Emmanuel Tilias, licencié en Gouvernance locale.
Pas besoin d'être expert pour relater des faits probants en ce qui concerne la ville du Cap. Ce qu'a fait d'ailleurs un pactole de citoyens qui entendent tirer la sonnette d'alarme à travers un micro-trottoir réalisé dans le cadre de cette édition. Des détritus jonchant chaque parterre de la ville, des fous-folles à plusieurs coins de rue, la mendicité est en recrudescence, les rues sont impraticables aux moindres gouttes de pluie. Pas d'électricité. Voilà la peinture sombre de la ville. "On ne peut pas continuer à côtoyer les déchets au quotidien" dit une jeune fille péremptoirement. "Nous voulons une autre ville du Cap" déclare un autre participant. Serons-nous effectivement témoins du lever de soleil en 2020? Questionne M. Remy. Pertinente interrogation, si l'on arrive à tenir compte des risques sismiques qui planent sur la ville.
Pour M.Emille, 2020 doit nous interpeller. Ce devra être un moment de réflexion, de festivités et de démarrage des grands travaux d'infrastructures. M. Toussaint abonde dans le même sens. M. Tilias croit fermement que les élites capoises (Nordistes) ont pitoyablement échoué, vu les constats. Une explosion démographique, en outre. Néanmoins, nous sommes à la croisée de l'Histoire et de l'avenir. Pour mieux y faire face, un comité, d'une réputation douteuse, a été mis sur pied par la mairie du Cap la semaine dernière (officiellement), travaillant étroitement avec la présidence dont on se méfie. Recevra t-on les diktats de l'Etat centralisateur? Pas étonnant. C'est lui qui détient les cordons de la bourse. Selon M. Emile, on a déjà un déficit de planification, néanmoins, 2020 sera un moment déclencheur du grand chantier que devra être la ville. Le temps du nombre mystique "20". On compte déjà 20 grands projets dans le calendrier des 3 prochaines années, la durée du mandat du comité.
Le ministère de son coté souhaite offrir un accompagnement technique aux opérateurs culturels. M. Emile plaide pour la formation des organisations locales, leur faciliter le processus de légalisation (Tilias et Remy) et l'échange de compétences au profit des opérateurs. Tout le pannel déplore l'absence grave d'une bibliothèque publique et des locaux pouvant accueillir des spectacles. Ils sont d'accord à dépasser les détails, toute suspicion et à se focaliser sur l'idéal, 2020. On ne doit pas rater le train comme en 2004 (M.Emile). Celui qui plaide pour l'intégration des jeunes et pour un comité représentatif, M. Remy, croit pour sa part qu'il faut rien négliger. Le départ compte autant que l'arrivée.
Les élections sont à quelques mois, si on se respecte. Les acteurs souhaitent faire leur beurre. Les turbulences habituelles des élections pourraient endommager les préparatifs. La veille doit annoncer la splendeur de la fête. Les grands sujets ne sont pas encore à l'ordre du jour: Gestion efficace du « fatras », réhabilitation de la ville, des centres culturels à construire. Nous sommes tous-toutes inquiet-e-s pour le lendemain. On doit avoir les pieds sur (pas en dessous) terre et surtout un moyen de s'y prendre. 2020, c'est maintenant.


Compte Rendu de l'émission de 10 janvier 2019 ( « Ayiti, 9 ans après le séisme / reconstruction et aide internationale: l'affaire CIRH, un scandale oublié ?

Par: Jean Reynald SAINT-HUBERT, Co-producteur de contenu

Pour cette deuxième sortie en cette nouvelle année, Jeudi Débat a voulu revenir sur le tremblement de terre du 12 janvier, 9 ans après. Le débat du jour s’est donc tenu autour de cette question : Ayiti, 9ans après le séisme / reconstruction et aide internationale : l’affaire CIRH, un scandale oublié ? Pour y répondre, l’animateur de l’émission Ferdinand Fils Lambert était accompagné du professeur Bellamy Nelson (anthropologue, diplômé en sciences politique), du professeur Bell Angelot (Doyen de la Faculté de Diplomatie et Relations internationales de l’Université Atlantique du grand Nord) et enfin, du professeur Robenson Ferdinand (Economiste, spécialiste en Science du Développement). 
D’entrée de jeu, l’animateur fait une mise en contexte de la situation du pays après le désastre et de la mobilisation internationale afin d’aider le pays. Environ 11 milliards de dollars d’aide ont été promis par la communauté internationale. Une commission multiétatique fut créée afin de gérer cet argent : la CIRH, Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti. A sa tête l’ancien président américain Bill Clinton et le premier ministre haïtien d’alors, Jean Max Bellerive, respectivement président et vice-président, assuraient la coordination.  
La question qui ouvre le débat consistait à savoir pourquoi cet argent n’a pas été remis à l’Etat haïtien directement à la place de la CIRH? Pour Bell Angelot, c’est par le fait qu’Haïti n’était pas préparé. Le pays devait avoir son propre plan bien avant que la Communauté Internationale ne décide de quoi que ce soit. Bellamy de son côté critique la faiblesse de l’Etat Haïtien, sans ressources, sans technologie et irresponsable. Tout cela a favorisé la création de la CIRH.
Mais comment Haïti pourrait gérer au minimum cet argent dans le contexte d’alors ? A cette question, Robenson ne pense pas que c’était envisageable car on nous reproche la corruption et un manque de capacité d’absorption. Pour lui 2010 a donné 3 catastrophes : d’abord le séisme, ensuite le choléra et pour finir la CIRH. Bell Angelot quant à lui pense que notre corruption est importée. D’ailleurs, l’aide est un instrument des impérialistes, dit-il. Elle devrait être plutôt une coopération internationale. 
Bellamy prend le contre-pied par rapport à Bell Angelot. Pour lui, la corruption n’est pas importée. Au contraire, c’est un phénomène politique quel que soit le pays. Mais notre problème c’est parce qu’il doit y avoir un contre-pouvoir constitué par la  société civile afin de la diminuer et faire pression sur l’Etat. Depuis Magloire, dit-il, tous les gouvernements haïtiens sont impliqués impunément dans des affaires de  corruption (drogue, détournement de fond,  blanchiment, trafic d’armes etc…)
L’animateur recadre le débat en demandant ce qu’a été le bilan de la CIRH?
Pour Robenson les résultats sont visibles. Rien n’a quasiment changé. Contrairement aux autres intervenants, pour lui Haïti n’est pas un Etat faible mais un Etat affaibli. L’aide internationale ne vise jamais à aider les pays. Il prend le cas des USA dont 80% de l’aide fourni leur reviennent directement, et les 20% restant reviennent par voies détournées. « Les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Bell Angelot rectifie ironiquement qu’Haïti est le seul pays qui a des amis. Pour lui, nul besoin de chercher un bilan de la CIRH car rien n’est clair dans cette histoire. L’une des conséquences de cette catastrophe (CIRH) c’est la décapitalisation du pays.
Bellamy relance encore une fois par rapport à Robenson sur la question de la faiblesse de l’Etat. Pour lui un Etat qui se repose sur la violence, un Etat vassalisé par la bourgeoisie est un Etat faible. 
La CIRH est une affaire de corruption au même titre que celle du Petro Caribe. Pourquoi ce silence sur CIRH et non sur Petro Caribe ? Quelle est la différence ? 
Pour Bellamy, c’est dû au fait que dans le cas de Petro Caribe cela implique une dette de l’Etat haïtien qui interpelle tous les haïtiens en général alors que dans le cas de la CIRH c’est une somme d’argent versée sans aucune redevance qui a été dépensée. Pour Bell Angelot, il y a une ambition politique avec Petro Caribe. C’est une rupture que l’on veut effectuer avec un certain groupe de la politique du pays. On pointe du doigt des chefs d’Etat, des premiers ministres, des parlementaires alors que dans le cas de la CIRH, les acteurs ne sont pas clairement identifiables. 
Durant la période d’après 12 janvier on comptait environ 4000 ONG sur le territoire haïtien alors que l’Etat ne reconnait que quelques centaines. Quel est le niveau d’implication des ONG dans le pays?
Bell Angelot affirme que depuis la carte blanche donnée aux ONG par Jean Claude Duvalier, le pays s’appauvrit de plus en plus au niveau d’infrastructure. Il pense que toutes les grandes réalisations du pays dans ce domaine n’ont impliqué aucune ONG ou aide internationale. Les ONG déresponsabilisent l’Etat haïtien.  Il prend l’exemple banal du ramassage d’ordure qui n’est pas du ressort de l’Etat dans certaines régions. Selon Bellamy, elles jouent le rôle d’amortisseur. L’Etat n’assure pas les besoins élémentaires du peuple alors les ONG trouvent des prétextes pour s’enrichir ainsi que leur pays d’origine. Face à ce problème, Robenson pense que seul le développement du pays dans tous les domaines, surtout celui du culturel, peut en finir avec les ONG. Il prend l’exemple de la Chine qui avec sa révolution culturelle se basant sur une remise en vigueur d’un nationalisme conquérant et avec un changement de mentalité, s’est développé rapidement et durablement  
Est-ce que le pays peut fonctionner sans les ONG ?
Pour Bellamy, la pauvreté est beaucoup trop grande. C’est un mal nécessaire. D’autant plus que ce ne serait pas facile pour un gouvernement de les fermer. Toutefois, Robenson montre une certaine réserve. Pour lui Haïti peut fonctionner sans ONG. Mais ce n’est pas pour demain. Dans le long terme il y aurait une possibilité si au fur et mesure on redresse le pays économiquement. Bell Angelot de son côté pense que l’on doit redéfinir l’Etat haïtien et repenser profondément le système étatique pour avancer.  

A l’approche de la fin de l’émission, Bellamy déplore le fait que nous soyons toujours dans la position d’exprimer nos frustrations après coup. Il pense que la corruption est devenue une chose normale et ordinaire. Ce qui le rend de plus en plus sceptique quant à un éventuel changement. Bell Angelot, lui, lance un appel à la vigilance à toute la population face à la menace sismique qui plane sur le grand Nord. Il demande à chaque zone de constituer des agents d’encadrement et de protection civile, aux élèves et étudiants d’apprendre aux gens comment gérer, prévoir et limiter les dégâts car pour lui l’Etat haïtien étant une catastrophe en lui-même ne fera rien pour nous. Robenson conclut en stipulant que seule la transformation de notre système scolaire peut changer notre mentalité afin de reformer l’Etat et de construire l’Haïti que nous voulons.

Cap2020:350 ans de l'existence de la ville du Cap-Haïtien et 200 ans de la mort de Henry Christophe, Où en sommes-nous? (Résumé critique)

Par Djedly François JOSEPH Ce jeudi 24 janvier 2019, pour la 3ème sortie de l'émission Jeudi-Débat cette année, on a mis le droit...